L&L

LIFE IS A MAZE+ing

ÉCOUTE RAPIDE

10 titres | 45 min.

Tu te concentres sur l'essentiel,
préfères la voix à l'instrument,
ou manques simplement de temps ?

Opte plutôt pour la version courte : pas de babillages, les sons sans paroles ont disparu.

Restent les mots du cher
G.DELEUZE.

ÉCOUTE COMPLÈTE

19 titres | 81 min.

Tu es tranquille chez toi, il te reste
un peu de ton herbe à chat ?
Opte pour la version longue : écoute toute l'histoire !


- Si vous n'étiez pas solidement appuyé sur cette certitude que "ça finira", est-ce que vous pourriez supporter cette histoire ? -
LACAN

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- L&L'ALBUM -

POURQUOI ?

"JE RESSEMBLE À CEUX QUI CONNAISSENT MAL LEURS LETTRES. [...]
J'EN SAIS JUSTE ASSEZ POUR MON USAGE."

Platon

Loin de me sentir musicien, je me demande parfois ce qui a pu me pousser à "sortir un album".

Mais est-il bien convenable d'appeler ceci un album ?
Il y a cette idée, tout-à-fait valable, qui veut que le concept d'Album soit le fruit d'un arbre soigneusement conscient : il n'en est rien ici.

Enregistrés chez moi à toute heure du jour ou de la nuit, les morceaux regroupés ici ont vu le jour sans que jamais soit fait quelque songe de finalité.
- On a beau aimer sa guitare, il faut se croire quelqu'un pour penser qu'elle pourrait, un jour, en charmer un autre. -

Ainsi, plus pensives que rêveuses, aussi intimes qu'impersonnelles et clandestines, ces expérimentations se suffisaient à elles-mêmes : parce que je ne saurais parler avec ma seule guitare, celle-ci se devait de rester muette.


Dès lors, pourquoi s'échiner à redresser cet ensemble de bric et de broc ?
Peut-être pour laisser la parole à quelqu'un d'autre.

POUR QUI ?

À mon discours bégayant s'est en effet raccrochée, un jour, une parole de bien plus d'intérêt(s) :
La personne de G. DELEUZE, corpus de pensées passionnantes, s'est invitée pour donner leurs directions à des mélodies jusqu'alors peu cardinales.

Reliant de courts récits, muets et incohérents entre eux, sa voix devient l'entre-deux grâce auquel cette texture prend forme.
Loin de quelque grandiloquence musicale, de petits sons se mettent au service de l'éloquence professorale.

Plus philosophe que musicien, il représente à lui seul, vous l'aurez compris, tout l'attrait de cet intermède sonore.
Il s'agirait donc moins de tendre l'oreille au présent méli-mellow que d'en articuler tous les sens.

Je vous invite à ne lancer la lecture que lorsque vous saurez votre oreille assez disponible ; non par intérêt personnel, mais bien pour profiter du message deleuzien dans une plus juste mesure !

"LA QUIÉTUDE D'UNE SITUATION DANS LAQUELLE UNE PERFECTION ABSOLUE COMBLE LE VIDE ENTRE LE PEU QUI EST DONNÉ ET L'IMMENSITÉ DE CE QUI EST PROMIS."

Nabokov

- À PROPOS -

"POUR UN INTELLECTUEL DE MODESTE
ORIGINE - COMME LUI -
LA MÉMOIRE EST INUTILE :

IL LUI SUFFIT DE PARLER DES LIVRES QU'IL A
LU, ET SA BIOGRAPHIE EST FAITE"

Ossipe.

- L&LES IMAGES -

Écoute visuelle | petits bouts de rien

Clic clic

- L&LE YOUTUBE -

- L&LES PAROLES -

En attente de moments perdus pour retranscrire les paroles de G. Deleuze.

"Alors, qu'est-ce qui me fascine dans l'animal ?
Parce que, vraiment, ma haine de certains animaux est nourrie de ma fascination pour beaucoup d'animaux.

Si j'essaie de faire le compte de, vaguement, me dire qu'est-ce qui me frappe chez un animal :

La première chose qui me frappe, je crois, c'est le fait que tout animal a un monde. 
C'est curieux parce qu'il y a des tas de gens, des tas d'humains qui ont pas de monde.
Ils vivent la vie de tout le monde hein. C'est à dire de n'importe qui, n'importe quoi.

Les animaux ils ont des mondes. Un monde animal c'est quoi ? C'est parfois extraordinairement restreint. Et c'est ça qui m'émeut.
Les animaux, finalement, ils réagissent à très peu de choses. A toutes sortes de choses.


Tu me coupes hein si tu vois que...


Ce qui me fascine en gros, c'est : les animaux émettent des signes.
Ils cessent pas d'émettre des signes.
Ils produisent des signes, c'est à dire, au double sens de : ils réagissent à des signes - par exemple une araignée, tout ce qui touche sa toile... elle réagit pas à n'importe quoi, non.
Elle réagit à des signes. 
Et ils laissent des signes, ils produisent des signes.

Par exemple les fameux signes : est-ce que c'est un signe de loup ça ? Et-ce que c'est un loup, est-ce que c'est autre chose ?
J'admire énormément les gens qui savent reconnaître, par exemple les chasseur, les vrais chasseurs. Pas les chasseurs de société de chasse, mais les vrais chasseurs qui savent reconnaître l'animal qui est passé par là.

À ce moment là ils sont animal, à ce moment ils ont avec l'animal un rapport animal.
C'est ça avoir un rapport animal avec l'animal. C'est formidable !"

"Primo Lévi.
Mais lui, il a fait un livre extrêmement profond, puisque c'est à son retour des camps d'extermination que... Il en sort avec...
Il dit : oui, quand j'ai été libéré ce qui dominait c'était la honte d'être un homme.

Alors, c'est une phrase à la fois très splendide je crois, très belle... Mais, elle veut pas dire les bêtises qu'on risque de lui faire dire.
Ça veut pas dire "nous sommes tous des assassins" ; ou ça veut pas dire "nous sommes tous coupables". Par exemple, "nous sommes tous coupables devant le nazisme".
Primo Lévi le dit admirablement. Il dit : ça veut pas dire que les bourreaux et les victimes ce soient les mêmes hein. 
Ça, on nous fera pas croire ça.

Y'a beaucoup de gens qui nous racontent "Ah oui, on est tous coupables"...
Mais non non non, rien du tout quoi.
On nous fera pas confondre le bourreau et la victime, ça...
Donc la honte d'être un homme, ça veut pas dire "on est tous compromis, etc", mais ça veut dire, je crois, plusieurs choses. 
C'est un sentiment complexe, c'est pas un sentiment unifié.

La honte d'être un homme ça veut dire à la fois : comment est-ce que des hommes ont pu faire ça ?
"Des" hommes, c'est à dire d'autres que moi. Comment est-ce qu'ils ont pu faire ça ?
Et deuxièmement : comment est-ce que moi j'ai quand même pactisé, je suis pas devenu un bourreau, mais j'ai quand même pactisé. Assez pour survivre.
Et puis, une certaine honte d'avoir survécu. A la place de certains amis, qui eux n'ont pas survécu.

C'est donc un sentiment extrêmement composite, la honte d'être un homme."

"Si on éprouve pas cette honte, il y a pas de raison de faire de l'Art.
Les gens font comme si la philosophie, "c'est bon pour les conversations d'après-dîner". Mais si y'avait pas de philosophie, on se doute pas du niveau de la bêtise.

La philosophie, elle empêche la bêtise d'être aussi grande qu'elle serait si y'avait pas de philosophie.
Alors quand on dit "créer, c'est résister", c'est effectif, hein, je veux dire.
Le monde serait pas ce qu'il est, si y'avait pas l'Art.

Et toi par exemple, quand on annonce la mort de la pensée - tu sais qu'il y a des gens qui annoncent la mort de la pensée, la mort du cinéma, la mort de la littérature... - ça te fait rigoler ?

Ah beh ça me fait pas... Y'a pas de mort, y'a que des assassinats. C'est très simple.
Peut-être qu'on assassinera le cinéma, ça c'est possible... Mais y'a pas de mort naturelle, non.
Pour une raison simple : tant que quelque chose tiendra pas, et ne prendra pas la fonction de la philosophie, la philosophie aura toutes les raisons de subsister.
Et si quelque chose d'autre prend la fonction de la philosophie, je vois pas en quoi c'est autre chose que de la philosophie.

Si on dit, par exemple, la philosophie ça consiste à créer des concepts, et par là à nuire à la bêtise, à empêcher la bêtise... Bon, qu'est-ce que tu veux qu'elle meure la philosophie ?

On peut l'empêcher, on peut la censurer, on peut l'assassiner, mais... Elle a une fonction. Elle va pas mourir.
C'est pas que je tienne à... Bon, je suis très content qu'elle meure pas, mais je comprends même pas ce que ça veut dire "la mort de la philosophie".
Ça me paraît une idée un peu gentillette. Pour dire quelque chose, quoi. Pour dire : "les choses changent, y'a plus de raison que...".
Mais qu'est-ce qui va remplacer la philosophie ? Qu'est-ce qui va créer des concepts ?

Alors on peut dire "il faut plus créer de concepts". Ah bah oui... Et la bêtise règne. (cf. BJM)

"- C'est un peu confus tout ça, mais enfin...

- Alors pendant des années, tu as lu un quotidien et il me semble que tu lis plus, quotidiennement, Le Monde ou Libération ?
Y'a quelque chose dans le niveau de la presse et des médias, justement, à ne pas poser ces questions ?

- Ah, bah j'ai moins de temps, je sais pas...

- Qui te dégoûte ?

- Ah bah oui, écoute ! Vraiment, on a le sentiment d'apprendre de moins en moins.
Moi, je suis tout prêt. Je voudrais apprendre des trucs... On sait rien.
On ne sait pas du tout... 
Comme les journaux nous disent rien non plus...
Je sais pas.


- Et toi par exemple, à chaque fois que tu regardes le journal télévisé, puisque c'est la seule émission que tu ne rates jamais, tu as une question à formuler à chaque fois ?
Qui n'est pas formulée, qui est oubliée des médias ?


- Ah, je sais pas, ça... Je sais pas...

- Mais tu sens que, qu'on les pose jamais.

Les questions ? Bah, je crois à la limite qu'on pourrait pas les poser.
Si tu prends l'histoire T, on peut pas poser les questions. Et ça... : je prends une histoire toute récente.
On arrête T. ; pourquoi maintenant ?
Tout le monde dit "pourquoi il a été protégé ?", mais tout le monde sait bien que...

Il doit bien y avoir des "histoires de".
C'était un chef de renseignement, il doit avoir des renseignements sur la conduite des hauts dignitaires de l'Église à l'époque de la guerre, tout ça.
Donc, tout le monde sait de quoi il est au courant, mais il est convenu qu'on pose pas les questions, ou qu'on les posera pas.

C'est ça qu'on appelle un consensus. Un consensus c'est :
La convenance, la convention d'après laquelle on substituera, aux questions et aux problèmes, de simples interrogations.

Des interrogations du type "comment vas-tu ?". C'est à dire...
"Ah, oui, tel couvent l'a caché. Pourquoi est-ce que..."

Tout le monde sait que c'est pas de ça qu'il est question, quoi."